4 février 2013

Dieux !


Dans le quartier de Yongkang il y a des boutiques d'art traditionnel chinois. Je n'y avais jamais prêté vraiment attention, soupçonnant que soit elle étaient remplies de trucs à touriste made in china faits en usine comme j'avais connu à Hong Kong, soit elles étaient remplies d'objets de valeur que je n'avais pas les moyens de m'offrir. 

Cependant, passant et repassant dans ces rues qui sont à la jonction de mon domicile et de mon travail, j'ai fini par franchir leur pas de porte, et par tomber sous le charme de l'une d'entre elle. 

À l'intérieur, des objets artisanaux taïwanais et chinois, des services à thé, des bijoux, des vêtements et pochettes... et des impressions de gravure sur bois débordant de couleurs vives. J'en avais repéré deux en vitrine qui m'avaient tapé dans l'oeil, deux dieux chevauchant des lions divins, l'un représentant la lune et l'autre le soleil. Mais j'ai eu beau demander demander, la vendeuse m'a répondu que ces gravures là étaient épuisées. Quand en referont-ils alors, quand aura lieu la prochaine livraison ? Ces gravures sont si belles, il est impossible qu'ils n'en refassent pas ! La vendeuse me répondit que de faire des telles impressions demandait beaucoup de travail, que chacune d'entre elles étaient imprimées à la main, et que les clients ne les achetaient pas trouvant ça trop cher (150nt$ l'impression soit environ 4€...) QUOI ! COMMENT ! TROP CHER !!!

Hé oui, trop cher, donc il ne servait à rien de demander quand est-ce qu'ils auraient un renouvellement de stock, car ce métier de graveur sur bois allait disparaitre, et bientôt ils n'en auraient plus du tout à vendre. 

J'ai ruminé ruminé, ce discours, me rappelant des discours entendus dans mon enfance de la bouche d'artisans français, comment peut on dire que c'est trop cher, comment peut on laisser l'artisanat traditionnel disparaitre ainsi, comment ce fais-ce que si peu de monde soit à même de percevoir la beauté contenue dans de tels objets, quelle laideur que ce monde industrialisé, quelle imbécilité que de perdre dans l'oubli des techniques aussi délicates, aussi raffinées... 

À tel point que la vendeuse, touchée par mon respect pour ce travail, m'a promis de me donner les deux dieux lune et soleil délavés accrochés en vitrine, après le nouvel an chinois. Si elle dit vrai, et si j'arrive à les ramener chez moi d'ici un mois, elle aura fait de moi la plus heureuse des françaises de Taiwan. 

Où ça ?

Panapina 圓融坊
n°12-1, Lane 2, Yongkang St, Taipei
métro Dongmen station
ouvert de 11h à 21h

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