28 juillet 2012

Ma première élève


J'ai commencé mon métier de professeur de FLE à l'Alliance Française de Daejeon en janvier 2009. J'y faisais un stage de deux mois, qui s'est prolongé deux mois de plus. À ce moment-là, étant dans une situation financière un peu bancale, une famille coréenne me proposa de loger chez eux gratuitement et de donner, en échange de cet hébergement, des cours (rémunérés) à leur fille aînée. Ils pensaient que d'avoir une française à la maison permettrait à S* (cette jeune fille) de progresser plus vite. 

J'ai accepté du bout des lèvres, ayant eu précédemment une expérience peu concluante de ce genre à Taiwan. S* avait à peine 16 ans à l'époque et elle est devenue, au fil des ans, une véritable amie que je regarde grandir et s'épanouir avec beaucoup d'émerveillement. 

Revenue pour quelques jours à Daejeon, j'en ai profité pour passer un après-midi avec elle dans le café bobo francophone du coin. De la regarder là, assise en face de moi, me parler de sa vie, de ses amours, de ses projets, ça m'a ému profondément. Son intelligence, sa clairvoyance, sa détermination... Si tous les jeunes de 19 ans avaient sa vivacité d'esprit, il resterait un peu d'espoir pour l'avenir de l'humanité. 

Elle me parlait de ses doutes aussi, de ses accrochages avec sa famille, de sa difficulté à vivre dans le carcan de cette société là, de la difficulté de s'émanciper dans le respect des aînés. À son regard inquiet et triste de ce moment-là, je me suis contentée de répondre : "ta vie sera belle", et je sais qu'elle le sera, parce qu'elle l'est déjà, et que me plaçant un peu en retrait, un peu amie, un peu mentor, un peu admiratrice, je la vois déjà, cette beauté, et qu'elle me donne de la force et du courage pour ma propre vie à moi.

I started my job as a french teacher at the Alliance Française of Daejeon in January 2009. I was doing a two-month internship, which lasted two more months. At that time, I was in a difficult financial situation and a Korean family offered me to stay with them, in exchange for this accommodation, I would teach their eldest daughter. They thought that having a French at home would push S* (the daughter) to improve faster. 

 I agreed half-heartedly, since I previously had an inconclusive experiment of this kind of deal in Taiwan. S* was about 16 years old back then and has become, over the time, a friend that I watch growing and flourishing with great wonder. 

Back in Daejeon for a few days, I spent an afternoon with her in the corner of a Frenchy bobo coffee shop there. To look at her, sited in front of me, telling me about her life, her love, her plans, it moved me deeply. Her intelligence, clear-sightedness, determination ... If all of the 19 year olds were as cleaver as her, a little hope for the future of humanity would remain. 

 She also spoke about her doubts, her clashes with her family, her difficulty to live onto this society, to  emancipate herself in the respect of the elders. Looking at her sad eyes while she was talking about those things, I merely replied: "your life will be beautiful", and I know it will, because it is already, and looking at it from afar like I do, a little bit as a friend, a mentor and a fan, I see that it's already there, the beauty, and it gives me strength and courage for my own life.

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