6 juin 2012

Les grand-frères

Retour à Shili. Là-bas je me suis faite adoptée par deux hommes dans la cinquantaine, pêcheurs un peu bourrus, un peu alcooliques, ainsi que leur famille et leur bande d'amis. Depuis quelques temps, ils ont instauré un nouveau rituel. Le matin, lorsqu'ils rentrent au port après une nuit de pêche, vers cinq heures, je dois les rejoindre et les regarder décharger le bateau. 

Je tourne autour, prends des photos, regarde les diodons nager dans l'eau, regarde les oiseaux festoyer. J'observe les mouvements des pêcheurs, comment sortir le poisson des cales, comment le trier, le peser. De temps en temps, quelqu'un m'apercevant pour la première fois demande un peu intrigué ce que je fais là. À cette question les grands frères s'empressent de répondre, bombant le torse et regardant de biais, "elle est de chez nous" comme si je faisais vraiment partie de la famille et comme si c'était une évidence. 

Le travail fini, il y a toujours un petit sac rempli de poissons mis de côté pour moi. Un des grands frères les videra, et si tout le monde est occupé alors le sourd muet s'en chargera avec plaisir. On a beau habiter à 5mn à pieds du port, ils me ramènent à chaque fois à la maison en scooter, prétextant que c'est plus pratique.

Monter sur le scooter d'un 哥哥 (gēgē : grand-frère) c'est toujours une scène haute en couleurs. Ce jour-là c'était avec 二哥 (èrgē : le deuxième né). Lui la peau noire, le nez rouge, mal rasé, habillé d'un pyjama jaune canard, me criant des trucs en mandarino- taïwanais de par dessus l'épaule, moi l'air mal réveillé, légèrement maquillée, coiffée de mon chignon matinal, vêtue de ma robe courte de citadine en goguette lui répondant en mandarino-français. Je me tenais bien droite derrière lui, et notre scooter qui supportait difficilement notre poids, toussait, pétait, crachait, calant dans les côtes, bringuebalant à droite à gauche dans les descentes. Une scène digne d'un film de Jacques Tati.


Back to Shili where I've been adopted by two men in their fifties, slightly alcoholic, fishermen, and their families and friends. Recently, they started a new ritual. In the morning, when they return to the harbor after a night of fishing, I have to go there and to watch them unload the ship. 

I turn around, take pictures, look at the diodons swimimg in the water, watch the birds feast. I observe the movements of the fishermen, how to remove the fish holds, how to sort, weigh. Time to time, someone sees me for the first time and asks them who I am what I'm doing here. To this question the brothers answer quickly, throwing out their chest and looking through, "she is ours" as if I really was part of the family and as if it was obvious. 

The work done, there is always a small bag of fishes set aside for me. One of the brothers will empty them, and if everyone is busy the mute will help me with pleasure. The house is 5 minutes away from the harbor but they always insist to give me a ride back, pretending that it is more convenient. 

To get on a scooter with a 哥哥 (gēgē: big brother) is always a colorful scene. That day it was with 二哥 (èrgē: the second born). Him and his black skin, his red nose, unshaven, wearing a yellow duck pajamas,  shouting stuff in mandarino-Taiwanese over his shoulder and me half awake, with a slight tuch of make up, my hair tided with the morning chignon, wearing a little dress, answering to him in Mandarino-French. I was sitting straight behind him, and our scooter had difficulties to bear our weight, coughing, farting, spitting. Just like a comic scene of a Jacques Tati movie. 

4 commentaires:

  1. Anonyme8.6.12

    La dernière photo est magnifique.
    Claire

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    1. L'homme au polo rayé est mon "gege" attitré. Bisous.

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  2. hello!
    Alors, quand reviens-tu a Penghu?
    J'ai perdu ton adresse email, je voulais t'envoyer notre adresse...
    All the best!
    Msieur G

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