24 mars 2012

Hong Kong ville baleine

Quand j'y repense, je me vois dans Hong Kong comme Jonas dans sa baleine. Cette ville avale littéralement ses habitants en son sein. 

En dessous, du bitume, sur les côtés et au dessus des routes, des buildings, des chemins suspendus, pas un centimètre carré de champs de vision qui ne soit pas occupé par une construction humaine. Pas de place sur les trottoirs, pas d'espace libre dans les bus, des routes engorgés de voitures de taxis et de bus, des petits appartements encastrés dans des tours de 20 à 50 étages, avec vue sur d'autres immeubles remplis de petits appartements encastrés. 

Quand on arrive de sa campagne normande, comme moi, qu'on mesure 1 mètre 76, et qu'on est d'un naturel maladroit et tête en l'air, on est perdu. 

La toute première impression est un "waaaaah, je suis au centre du monde!" devant tant de vie, tant de bazar, tant de lumières qui clignotent, tant de gens partout partout, tant de gens différents, chinois, européens, indiens, philippins, australiens, thaïlandais, vietnamiens, américains, pakistanais, indonésiens... 

L'impression qui arrive juste derrière est un "fuck, où est la sortie, comment est-ce qu'on éteint ce bazar?" devant tant de bruit, tant de publicité, tant de monde partout partout, tant de klaxons, de machines, d'odeurs chimiques et de pots d'échappement.

On se sent tordu, difforme, on se mange des parapluies en pleine tête, on tombe des trottoirs, on tousse dans les émanations de gaz, on passe rapidement sous les échafaudages de bambous, on monte des étages, encore et encore, on prend des escalators, on traverse des malls, on passe sur des corniches, on tourne on tourne, on redescend, on prend le bus, on se plie sur son siège, on s'accroche pour résister aux virages, on passe sous la mer, on traverse la montagne, on stagne des heures dans les embouteillages, on sort du bus, on manque de se faire renverser par un taxi, on se reprend un parapluie dans la tête, on marche sur le trottoir surpeuplé, on tourne à droite, on se mange le petit vieux caché dans le virage, on veut traverser mais on peut pas à cause des barrières, on éternue dans la fumée d'encens du mini temple, on marche à deux à l'heure, le trottoir est bouché par le petit vieux, on s'extirpe, on traverse,  on risque de mourir sous un minibus, on rentre dans l'immeuble, on attend l'ascenseur, on prend l'ascenseur, des voisins nous dévisagent sérieusement, on tente un sourire, on remballe le sourire, on s'extirpe de l'ascenseur, on rentre dans son chez soi étriqué, on respire un grand coup... on respire. On regarde par la fenêtre, des immeubles, on se tourne vers la cuisine, on voit le voisin d'en face chez lui, on ferme la porte, on va faire pipi, les jambes coincées contre le rebord de la baignoire, la tête collée au lavabo. On entend le bip bip des camions en marche arrière au dehors et en se penchant un peu en arrière, on aperçoit un coin de ciel nuageux et gris.

On se demande un peu ce qu'on est venu foutre là, dans tout ce bazar, ce manque d'espace, cette ville qui tire et qui pousse, où le seul espace à peu près libre est la mer. Et encore... 

On se demande combien de temps on peut tenir encore...
Supporter...

Et tout doucement, étrangement, le corps s'adapte. Si tu t'y prends bien, à la bonne heure, tu traverses l'île en 30 minutes en minibus. Sensation grisante, sensation de traverser l'univers en 30 mn. Sensation que tout est à portée de main, le fromage aoc, le canard laqué, les moules frites, les nouilles thaï, le bubble tea, les sushis, le kebab, le jambon fumé.... Le monde dans le creux de la main. Tu survoles un temple bouddhiste, une synagogue, une église catholique, une mosquée, une église évangéliste... le tout dans quelques kilomètres carrés. Tu entends parler indi, philippin, anglais, mandarin, coréen, arabe, cantonais, français, japonais, indonésien, malais, italien, espagnol, russe.... Tu peux prendre des cours du soir de tout et de n'importe quoi, tu te rends compte que l'aéroport est pas loin, et que si tu veux de l'air t'as qu'à monter dans un avion et aller passer le weekend un peu plus loin.

Ton corps prend ses aises, trouve ses marques dans ce nouvel univers, et sans que tu t'en rendes compte tu te mets à aimer ce bruit, ce manque d'espace, ce paysage urbain. Tout avoir à portée de main, tout connaître dans les moindres recoins, on s'y retrouve, on s'y fond. On est dans un cocon.... dans le ventre de la baleine...

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