29 février 2012

Carne

Je ne mange presque pas de viande, juste quelques bouts de volaille de temps en temps, et du poisson et des fruits de mer quand l'occasion se présente (c'est à dire quand je squatte à 4.f, quand je me fais nourrir au marché de nuit de Ningxia par Jeff et Nana, quand mon élève Mei m'invite à déjeuner ou quand je m'incruste à la table de mes amis pescadoriens... Je suis définitivement une pique-assiette, et j'assume : j'aime ça). 

Ça fait déjà 6 ans que j'ai décidé qu'il en était ainsi et je n'ai pas vu le temps passé. À Taiwan, on me demande souvent pourquoi je fais ce choix-là, et au fil du temps, j'affine mon discours je trouve de nouvelles raisons, de nouveaux arguments qui donnent à réfléchir autour de moi. Du coup j'ai envie de vous en parler à vous aussi ici. 

1- Je ne mange pas de mammifère parce que je pense que selon toute logique on devrait être à même de tuer soi-même les animaux qu'on mange, or je serais bien incapable de tuer, voire d'assister à la mise à mort d'un cochon ou d'une vache. Par contre, je pense pouvoir égorger un poulet si il le fallait et je vais bientôt apprendre à pêcher. 

2- Ayant eu une éducation franciscaine, je pense qu'on devrait traiter avec égard toute forme de créature, et que donc les conditions de vie des animaux en élevage parqués dans des hangars fermés est indigne et dégradante. 

3- En plus, l'élevage intensif pollue les sols alentours et est donc très nocif pour l'environnement. De même, à Taiwan, la viande (et aussi certains poissons comme le saumon) est importée de très loin (Canada, USA, Norvège...) et a un impact carbone trop important. 

4- La viande produite de cette manière est fade, pleine d'eau, de médicaments, de toxines et pollue aussi  le corps de celui qui la mange. 

5- Enfin, nos sociétés développées sont en surconsommation de viande, et par un système vicieux la production de cette viande prive de nourriture les populations les plus pauvres.  Au Guatemala (pays d'Everado, mon messie crucifié à moi), les céréales produites ne sont pas redistribuées à la population locale mais envoyées aux USA et en Europe pour nourrir les bêtes. Du coup, 50% des enfants mayas sont sous-alimentés et le pays est dans l'urgence alimentaire. 

6- Ah ! Et sinon je ne mange pas de viande aussi parce que j'ai jamais vraiment aimé ça (à part le jambon fumé, le steak tartare de cheval et le foie gras...) et qu'ayant un cholestérol élevé hérité de mon paternel, c'est pas très bon pour ma santé. 

Parfois aussi je dis que c'est parce que Jésus mangeait casher... mais bon, ça c'est quand je fais mon cinéma, ou alors je dis que je suis musulmane, et là on me regarde avec des yeux ronds en mode "à la télé ces gens là font peur mais elle elle a pas l'air méchante, j'aurais jamais pensé" et ça me fait plutôt marrer. (tribute to ma très chère Elsa...) Depuis peu j'arrive à tenir de bout en bout ces explications en langue chinoise, ça me rend très fière de moi. 

3 commentaires:

  1. Je me retrouve pas mal dans ce que tu dis, et c'est une des raisons positives de vivre en France je pense, l'élevage de bétails et volailles, faites dans "le respect" existe encore. Après, ce n'est pas pour autant que je me gave de viande. Au fur et à mesure du temps, ça m'attire moins...
    Sinon, bonne chance pour la pêche, j'ai déjà essayé, et sentir le poisson au bout de la ligne se débattre, c'était un peu trop pour moi :\

    Et puis, c'est un peu dur pour moi de vraiment savoir ce qu'il en est, mais les taiwanais, en général, ne me semblent pas préoccuper par tout ces soucis d'élevage intensif, impact carbone, etc... non?

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  2. Oui, tu as raison, parfois je dis qu'en France le poulet c'est pas blanc c'est rose et avec du sang dedans, on aurait tendance à oublier à quoi ça ressemble, la vraie viande. Ici c'est 23 millions de personnes sur une toute petite île remplie de grosses montagnes, du coup c'est difficile d'y élever du bétail.
    En plus, quand on voit à quel point c'est développé aujourd'hui on a du mal à imaginer qu'il y a 40 ans, les gens souffraient de malnutrition ici. Les parents de mes amis savent ce que c'est d'avoir faim, du coup, je pense que c'est difficile d'arriver et de se mettre à parler d'impact carbone, ça c'est fait pour ceux qui ont le ventre plein.
    Cependant, mes amis à moi y pensent, et quand on en parle, je ne me sens pas totalement extraterrestre.
    Il y a beaucoup d'agriculture biologique à Taiwan, quand on commence à s'y intéresser ça surprend. La plupart de mes fruits et légumes sont bios et achetés directement aux producteurs au coeur de Taipei. Ça c'est plus difficile à faire en France... alors l'un dans l'autre, y'a du bon et du mauvais des deux côtés de la planète !

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  3. “La plupart de mes fruits et légumes sont bios et achetés directement aux producteurs au coeur de Taipei. Ça c'est plus difficile à faire en France... ”

    Tu serais étonné de voire ce qui se fait en France de nos jours, il y a des petites boutiques en villes comme ça maitenant où les petits producteurs de la régions livrent direct à la boutique et il y a vraiment de tout (légumes, viandes, huile, farine, glace(!) etc...). Sans compter les sites internets où il est possible de se faire livrer des paniers de petits producteurs. Comme je compte refaire un tour à Taiwan aussi, hihi, je commence à penser à tout cela, en cherchant un peu, j'ai vu que Slow Food est aussi à Taiwan, et ce que tu dit à propos de l'agriculture bio, c'est vraiment encourageant!

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