14 décembre 2011

Ai Weiwei - absent

crédit photos © Arrested motion
Quoi ? une exposition d'art contemporain du 29 novembre au 29 janvier

Où ? Taipei Fine Art Museum
181, ZhongShan N. Road, Sec. 3, Taipei 104, Taiwan

On ne présente plus Ai Weiwei, l'artiste arrêté il y a quelques mois par le gouvernement chinois alors qu'il était en escale à Hong Kong, dont les oeuvres sont interdites dans sont pays mais qui jouit d'une notoriété notable en occident. Voici donc pour la première fois ses oeuvres exposées dans un endroit de 華人(huárén = personne appartenant à la communauté chinoise) , à Taipei.

Un événement à marquer d'une pierre blanche, donc, et par là même une exposition qui fait grand bruit, puisqu'elle est plutôt mal supportée par le gouvernement chinois. L'arrestation de l'artiste avait d'ailleurs eu lieu alors qu'il s'apprêtait à s'envoler pour Taiwan pour préparer cette exposition. Il est depuis assigné à résidence à Beijing, et n'a pas pu venir au vernissage.

Que cette affaire est intéressante ! Parlant du titre de cet événement "absent", Weiwei dit qu'il y a deux significations. La première est celle de sa propre absence à son inauguration, la seconde est celle de Taiwan des instances internationales. Ne voulant pas froisser la Chine, le maire de Taipei ainsi que le président Ma n'étaient pas non plus présents à cette inauguration (pour ceux qui l'ignoreraient ils sont tous deux du KMT, soit du parti proche du pouvoir de Beijing). L'artiste a alors exprimé son inquiétude sur une troisième absence : celle de l'intérêt des dirigeants taïwanais envers les droits de l'homme. Il semblerait que cette réplique fit mouche car peu de temps après Ma visita rapidement et discrètement l'exposition.

Par ailleurs, après son arrestation, Weiwei s'est vu assigné d'un redressement fiscal de 1,7 millions d'euros, somme qu'il ne peut bien sûr verser étant à la tête d'une entreprise modeste qui ne dispose pas d'une telle somme. Qu'à cela ne tienne, la population chinoise s'est mise à le soutenir en venant lui verser de petits dons, se déplaçant, faisant des virements, allant jusqu'à en jeter par dessus le mur de sa maison anonymement...  Réussissant à réunir la somme de 1 million d'euros ! Montant de la caution... Cette caution a donc été versée au gouvernement chinois qui ne sait plus trop dans quel sens poursuivre cette histoire.
Bref. J'ai été voir l'exposition qui se tient jusqu'à la fin du mois de janvier. Ça faisait bien longtemps que je n'avais pas mis les pieds dans un musée, à vrai dire, et bien longtemps que je n'avais pas plongé mon nez dans de l'art contemporain. Et bien que je ne le regrette pas du tout, le résultat à l'arrivée est tout de même un peu mitigé : j'aurais voulu en voir bien plus !

21 oeuvres et une centaine de photos, au final c'est bien peu, surtout lorsqu'elles ne sont pas expliquées mais simplement nommées et datées. C'est comme ça que je me suis retrouvée à juger une pièce hautement subversive, parce qu'elle représente un doigt d'honneur fait à la place Tiananmen, sans avoir du tout idée qu'il s'agissait d'une série de photographies et que beaucoup de doigts d'honneur avaient été faits à beaucoup de monuments à travers le monde, ce qui, je pense, change quelque peu la perception de l'oeuvre.
Cependant, même si je n'ai pas pu tout saisir, ce qui est sûr c'est que ces oeuvres dégagent une force très intéressante, assez iconoclaste, jouant avec des techniques traditionnelles et des objets antiques chinois. À l'entrée de l'exposition, après la galerie de photos et faisant face à ce doigt d'honneur on est tout de suite mis au parfum avec ce triptyque  où Weiwei se photographie en train de briser un vase de la dynastie Hun.
Un peu plus loin, une grande installation montre des tables de la dynastie Qing transpercées de larges poutres récupérées dans de vieux temples démolis. (J'ai un petit faible pour celle qui est toute seule au fond et qui a deux pieds sur le mur)
Mais dans le même style, la pièce qui m'a le plus marquée est celle qui présente des vases néolithiques (5000-3000 avt JC) enduits de peinture industrielle. Pour une amoureuse des ruines et des vieux objets que je suis, cette pièce m'a quelque peu perturbée parce qu'elle me prenait à contre pied, brisait un de mes interdits : salir de notre présent un objet venu de la fin des temps.
Pourtant, ce n'est qu'à travers nos yeux contemporains que de telles pièces prennent de la valeur, yeux qui aiment tant à voir le passé sacralisé dans des musées. Et quand bien même nous sacralisons cela ne nous empêche pas de penser que nous valons bien mieux que ces hommes qui ont créé de tels objets, que nous sommes plus nobles, plus civilisés, plus développés. Les voir alors ainsi enveloppés dans ces couleurs criardes nous ramène à la futilité de notre condition, la futilité de notre civilisation, la futilité de notre peinture chimique.
Le clou de l'exposition : une oeuvre monumentale réalisée spécialement pour l'occasion, assemblage d'une centaine de vélos de la marque forever, la marque chinoise la plus ancienne de vélos. Là j'avoue, j'ai tourné autour, suis passée dans les trous, me suis éloignée un peu, ai monté l'inspecter de la rampe, mais ça ne m'a pas marquée plus que ça... J'ai même fait tourner une roue avant de me rendre compte qu'il était interdit de toucher. Tristesse. J'aurais bien voulu continuer...
Par contre, c'est sûr, à prendre en photo ça doit être assez excitant ! Bref, voilà, pour finir je montrerai une dernière pièce exposée juste parce qu'elle m'a fait penser au travail de ma bien aimée Marie Aerts, une caméra de vidéo surveillance sculptée de manière hyper-réaliste dans du marbre.
Quel plaisir, après une longue absence des musées, d'y retourner et d'y découvrir par la lucarne les oeuvres d'un artiste aussi intéressant qu'Ai Weiwei... Parce que j'ai quand même parfois le sentiment qu'on a vite fait, en occident, d'acclamer des artistes pour la simple raison qu'ils sont interdits dans leur pays d'origine (comme avec Zhou Weihui, dont le second livre m'a complètement indifférée).

Il en va un peu de même ici où le fait même que cette exposition existe concentre tout les commentaires, et où on oublierait presque complètement de parler de la pertinence des oeuvres exposées et de leurs qualités. Et là pour le coup ce serait bien dommage, parce que le propos de cet artiste à travers ses oeuvres est puissant et pertinent. Souhaitons alors qu'il ait l'occasion de continuer de créer, de continuer de s'exprimer, de continuer à travers son combat à faire entendre la voix du peuple chinois qui le suit et le soutient.

Ps. La première fois que j'ai entendu parler de Ai Weiwei, c'était à propos de sa prise de position suite au tremblement de terre du Sichuan. Des milliers d'élèves étaient morts dans l'effondrement de leurs écoles, effondrement dû aux malversations lors de leur construction qui en avaient fragilisé les structures. Il avait réuni le nom de 5205 d'entre eux sur son blog, en soutien aux familles. Par la suite, il avait réalisé une oeuvre, au mur de la maison des arts de Munich, assemblant des sacs d'écoliers jusqu'à former une phrase prononcée par la mère d'une victime "Elle a vécu heureuse 7 ans sur cette terre". Son ami écrivan Tan Zuoren, avec qui il travaillait à ce moment là et qui avait réunit beaucoup de documents concernant les enfants a été arrêté et emprisonné pour 5 ans, accusé de subversion.

En savoir un peu plus sur l'artiste en anglais ?


Argh, après avoir vu ce documentaire je ne peux que penser qu'il faut que j'en dise plus. Je referai donc très prochainement un post sur le travail de cet artiste, au delà de l'exposition taïwanaise. D'ici là, gens de Taipei et des alentours, je ne peux que vous conseiller d'aller la visiter (la majorité des oeuvres présentées sont expliquées dans ce film). 

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