25 septembre 2011

trente

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Quand j'avais 18 ans j'ai rencontré un homme. Le premier homme, le premier amour, le libérateur. Il m'a poursuivie quand je m'enfuyais, m'a rattrapée, m'a attrapée, et m'a ouverte au monde. Pour la première fois depuis ma naissance je ne me sentais plus seule, une autre âme solitaire s'était posée là, juste à côté de moi et me regardait avec amusement. 

Quand j'avais vingt ans, j'ai compris que je devais quitter cet homme, que j'étais prête désormais à repartir seule dans le monde, à l'affront de mes propres démons. Je l'ai laissé à un croisement de route, espérant que lui aussi aurait la force de se battre pour lui-même. J'ai traversé une période très sombre, vraiment très sombre, à dormir dans mon caveau, rempli de lutins rouges qui m'envahissaient et me terrassaient. Pendant plusieurs années je me suis battue bec et ongles avec ma vie, avec mon esprit, avec ma folie. Puis un jour, étrangement, je me suis mise à respirer à nouveau. 

Quand j'avais 27 ans je suis partie vivre en Asie pour de bon. Tout plaquer et repartir du bon pied. Nouvelle moi, indépendante moi, conquérante moi. Je les ai tous sidérées, les épaules amies, dans ma détermination à renaître, dans ma capacité à ne plus dépendre que de moi-même, dans mon absolu invincible. 

Quand j'avais 28 ans, l'homme de mes 18 ans s'est pendu. Ses démons avaient, sur son crâne incliné, planté leur drapeau noir. D'un seul coup d'un seul, mon univers s'est réduit comme une peau de chagrin. Envie de disparaitre, ne pas savoir comment calmer la tempête née de son départ, ne pas savoir comment continuer d'avancer sans sa présence qui balance ma présence dans ce monde. Mais continuer d'avancer tout de même, avec les dents, ne pas s'arrêter, ne pas s'apitoyer, s'entêter. 

Maintenant j'ai trente ans, et une deuxième fois, je dois quitter cet homme, une deuxième fois je dois repartir aller affronter mon futur. Seule. Pour ne pas faire de la révolution de mes vingt ans la prison de ma trentaine. Un nouveau monde à rêver, un nouveau monde à habiter, tellement plus lumineux que le précédent.

Pour ce faire, je pars à la rencontre du vent. Depuis quelques semaines maintenant, je l'entends m'appeler, loin du monde, habitant des maisons dépeuplée, il me veut, aimerait rentrer dans mon nez, dans mes oreilles, dans ma bouche, assécher ma peau et mes yeux, jouer dans mes cheveux. Nettoyer la noirceur.

LIENS

7 commentaires:

  1. Que tes 30 ans t'apportent ce que tu recherches. Ton texte est beau, j'en ai les larmes aux yeux. Reste conquérante, tu t'en dépatouilles pas si mal de cette vie !
    je voudrais faire la fête avec toi.
    Et si je n'ai pas ta noirceur, loin d'être aussi présente en tout les cas, j'espère que le vent me nettoiera aussi bientôt.

    Joyeux et heureux anniversaire.
    je t'embrasse très fort

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  2. Anonyme25.9.11

    exister est un fait, vivre est un art... (F.Lenoir)

    la trentaine épanouie, la trentaine rassure, la trentaine nous centre sur nous et sur ce que l'on veut faire de notre vie...c'est une très belle dizaine!
    savoure là et laisse les démons à la vingtaine... tu as grandi muri ils ne peuvent plus t'atteindre de la même manière!
    le vent libère...les émotions alors gorge t'en...profites des petits bonheurs du quotidien il n'y a que ça de vrai!!!!
    bz ma tite cousine!!!
    krô

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  3. Anonyme26.9.11

    Tres beau....et ce texte me touche beaucoup bisous manuella

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  4. Anonyme27.9.11

    en lisant ton texte j'ai reconnu "l'homme" ton texte est beau j'étais profondément touchée , merci bisous marie christine

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  5. Cindy27.9.11

    Je ne te connais pas beaucoup voir pas du tout mais tu me touches beaucoup !
    En plus ça rime si c'est pas beau ça ;-)
    Bise

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  6. Anonyme30.9.11

    la beauté du texte m'enchante
    ainsi que ce qu'il raconte
    continue la souris verte, écris.....
    V

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