14 août 2011

Everado, Jennifer et moi...

Ou comment je me suis fait retourner les tripes par un livre qui en 5 jours m'a : convertie à l'Amérique Centrale (et donc décidée à me mettre à l'espagnol) // déterminée à ne jamais rentrer dans les rangs et à faire de ma vie entière une oeuvre d'art // convaincue de devenir écrivaine et de le faire les yeux grands ouverts sur le monde // fait ajouter deux personnes à mon très restreint panthéon personnel // démontré que j'avais monstrueusement progressé en anglais



Après avoir visité le temple de Confucius, sur la route du déjeuner, nous nous sommes arrêtés dans une petite librairie d'occasion qui nous faisait de l'oeil, attirés par quelques cahiers vierges posés près de la vitrine. Un vrai lieu de perdition, comme nous allions le constater très vite car il ne nous fallu pas plus de 5 minutes pour nous y disperser aux quatre coins, oubliant tout le reste et furetant avec délices dans des piles de livres toutes plus réjouissantes les unes que les autres.

Alfredo, à son grand étonnement, tomba comme de par hasard sur un livre en anglais parlant de son pays, le Guatémala. Surpris et intrigué, il l'acheta, et le posa près de moi dans la voiture, me regardant l'air dubitatif et commentant "let's see if it's worth it"...

La couverture était moche. Vieillotte, avec une photo de volcan verdâtre sous laquelle on avait placée le portrait d'un jeune homme aux yeux noirs et aux lèvres épaisses, au regard droit et perçant. Le titre : "Searching for Everado". 

... 


À un moment donné, sur l'autoroute entre Tainan et Kaohsiung, je pris le livre et le retournai pour en lire la quatrième de couverture. Il était écrit par une femme juriste américaine dont le mari, commandant de la guérilla maya au Guatémala avait disparu entre les mains de l'armée. 

J'ouvris le livre et découvrit qu'Harold Pinter l'avait commenté. Sur la deuxième de couverture il y avait un résumé de son contenu : Une femme observatrice pour les droits de l'homme au Guatémala décide d'écrire un livre rempli de témoignages sur les atrocités de l'armée. Pour ce faire elle part en haut d'un volcan vivre avec les guérilleros. Elle y rencontre le chef et en tombe amoureuse. Ils se marient, puis elle doit rentrer au Texas accompagner son amie atteinte d'un cancer. À ce moment là son mari est capturé par l'armée, et commence alors pour elle un combat pour le sauver de ses tortionnaires, et pour obtenir qu'il soit jugé dans le respect des conventions internationales. 

...

J'ouvris donc ce livre, et ne put le refermer. Je demandais à Alfredo la permission de l'emporter chez moi à notre retour à Taipei et lui promis que je l'aurai lu dans la semaine comme il voulait le récupérer avant de s'envoler pour l'Inde. 5 jours devant moi.

Ensuite... je dévorai le livre. À en oublier de vivre, de manger, de dormir. 5 jours passés au Guatemala, en plein coeur de Taipei. 5 jours à retourner cette histoire dans ma tête, à côtoyer ces deux personnes exceptionnelles, Everado et Jennifer, à préférer leur compagnie à aucune autre, à dîner avec eux en tête à tête au restaurant, accompagnée d'un verre de vin, à dormir les tenant dans mes bras, à pleurer de rage découvrant leur histoire, et à me sentir grandir de leur force. 

Il y a 5 jours j'ai rendu le livre à Alfredo, et d'un coup d'un seul je me suis sentie seule au monde. Il est parti  en Inde le lendemain, et moi j'ai perdu trois interlocuteurs précieux à la fois. Pour autant, ces rencontres je le sais, vont grandir en moi et me rendre plus forte. Le livre, je vais le racheter en ligne. Un ouvrage dont je ne peux plus me passer.

Malheureusement, je ne crois pas qu'il soit traduit en Français 
Grand Central Publishing
1997

Et pour l'anecdote, je trouve ça drôle de penser que ce livre qui parle du Guatémala, a été écrit par une américaine, puis publié dans une édition anglaise, ensuite acheté dans une librairie taïwanaise et enfin lu par une française. Si ça c'est pas le XXIe siècle, alors le XXIe siècle c'est du caca. 

1ère photo : sculpture sur le temple à Confucius, Tainan / 2ème photo : le livre / 3ème photo : plage de Taizhong 

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