30 juillet 2011

La cabane


J'enseignais en Corée, une classe de niveau avancé. Dans le texte il y avait le mot "cabane" et personne ne le connaissait. Je leur dit :  

_ "Vous savez, ces maisons qu'on se construit quand on est petit, sous la table, au fond du jardin, en haut d'un arbre dans la forêt." Ils me regardèrent tous avec des yeux ronds. 
_ "Hein ? Non, on fait pas ça nous, une "maison" ? Pour quoi faire ?" 
_"Mais siiiiiiii. C'est trop bien les cabanes, pour faire comme les adultes mais en mieux parce que c'est pour de faux, une cabane, un petit endroit où on peut se cacher,  un truc qu'on transforme, qu'on aménage. Un truc où on peut jouer, version tipi ou version manouche. Attendez, je vous en dessine une, dans les arbres là, comme Tom Sawyer, avec sa corde tressée pour descendre et monter, c'est indispensable la cabane..." 
_"Non, on connait pas ça, on n'a jamais fait ça, nous, de toute façon quand on est petit on n'a pas le temps de jouer, on a les cours du soir après l'école." 

Moment de solitude intense. On entendait les mouches voler pendant que je regardais, avec une pitié non dissimulée, mes pauvres étudiants qui ne savaient pas ce qu'est "une cabane", le truc au moins aussi bon que le chocolat chaud après la pluie, les après midis à rêvasser dans un fauteuil ou les crêpes sucre et citron du dimanche soir après le bain... 

Du coup, quelques mois plus tard, à Taiwan, au marché de Houshanpi (dont il faudra que je vous parle un jour) vers minuit, découvrant ces cartons habités par deux petites filles sur le parvis d'un temple, je n'ai pas pu m'empêcher d'approcher et d'observer avec délices. Je crois qu'elles n'ont pas trop aimé les tentatives d'intrusion de Saleta, non plus que mon regard rieur. Ça se voyait dans leur moue... 





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