10 juillet 2011

Formosa Betrayed










Je découvre après tout le monde ce film très intéressant sur le Kuo Ming Tang des années 80 à Taiwan. Il est écrit et produit par un américain d'origine taïwanaise, Will Tiao, qui joue aussi dedans. Il revêt la forme d'un thriller assez classique, l'intrigue tournant autour du meurtre d'un professeur d'université taïwanais naturalisé américain. L'agent du FBI chargé de retrouver les coupable est débarqué à Taiwan où il met en lumière que le gouvernement local n'est pas étranger à cet assassinat.

J'avoue, depuis 2006, année où j'ai posé pour la première fois mes pieds sur cette île, je suis remplie de questions sur son histoire, sa politique, son lent chemin vers la démocratie, et la manière dont les gens semblent minimiser l'importance de leur propre passé. Du coup, en regardant ce film, je n'ai pas trop prêté attention à l'esthétique et me suis laissée complètement embarquer par son intrigue. Pas que ce soit vraiment une surprise, la manière brutale et totalitaire dont le KMT faisait régner sa loi sur l'île, mais parce que pour une fois c'était dit haut et fort, sans détours. 

Quand je parle avec mes amis et mes élèves, je sens que chaque taïwanais a une opinion bien tranchée sur la question, KMT ou anti-KMT. Mais malheureusement ces prises de position ne semblent pas du tout rationnelles, et dès qu'on cherche à dépasser le clivage pour ou contre on se heurte à une ignorance presque totale des faits historiques. Il m'arrive souvent, lors de discutions, de me rendre compte que j'en sais plus que les taïwanais eux-même sur leur propre histoire, et pourtant, je n'en sais pas tant que ça. 

Ce film semble avoir été fait pour répondre à cette carence, sauver la mémoire de toutes ces personnes mortes d'avoir voulu penser leur pays, résistants oubliés de l'histoire de Taiwan. Il fait particulièrement référence à deux d'entre eux, le professeur Chen wen-chen et le journaliste Henry Liu, tués pour avoir critiqué le KMT et la famille Chiang. Il y en a beaucoup d'autres, comme on peut le constater en visitant la prison politique de l'île verte, des penseurs, politiciens, artistes, qui furent emprisonnés, torturés et tués pour éviter qu'une élite de souche taïwanaise ne construise un contre pouvoir qui déstabiliserait la dictature. 

Pendant longtemps j'ai pensé que le respect qui restait encore sur l'île pour le vieux dictateur était dû au fait que grâce à lui - et malgré ses propres ambitions - Taiwan était maintenant libre et développé, au contraire de la Chine. Aujourd'hui je me rends compte que je suis encore loin de la vérité. La liberté s'est payée ici très chère, et semble, en même temps, toujours très fragile. Les esprits ne sont pas encore tout à fait détachés de ce lourd passé lobotomisant, et les contre-pouvoirs peinent toujours à se faire entendre. 

Perchée dans mon appart, au centre du quartier le plus chic de Taipei, regardant les voitures luxueuses défiler sous mes fenêtres, Jaguar, Porche, Maserati, Lamborghini, Ferarri, je me demande : jusqu'à quand va-t'on faire semblant d'y croire, que la liberté c'est la consommation, le droit de rêver sa vie version écran publicitaire, le droit de ne pas trop y penser ? Je m'interroge : où sont aujourd'hui les héritiers de ces taïwanais qui se sont battus pour la dignité et l'indépendance de leur peuple ? Où sont, de même, les héritiers de nos résistants à nous, qui ont osé croire que les beaux jours existaient ? Comment puis-je moi même m'inscrire dans cette double lignée de résistance et apporter ma petite pierre de manière intelligente et mesurée ? 

Comment ne pas se laisser endormir ? Comment rester éveillé ? Comment honorer la mémoire de ces hommes, morts dans la fleur de l'âge, morts avec l'espoir que grâce à leur combat notre vie à nous serait plus juste, plus douce ? Comment faire grandir notre pensée pour en devenir les dignes héritiers ? 

3 commentaires:

  1. sinon il y a un film Hkongais qui qui était pas mal aussi c'est "ballistic" sur la mystérieuse tentative d'assassinat de chen sui Bian, l 'ex président qui est actuellement en prison pour corruption..bon le film est pas du tout objectif, c'est pro KMT mais intéressant à voir...

    sur un autre registre, j'espère que tu as vu " Monga" , le film de bad boy qui a fait tabac à taiwan ( enfin surtout chez les filles) haha

    RépondreSupprimer
  2. ''''Perchée dans mon appart, au centre du quartier le plus chic de Taipei, regardant les voitures luxueuses défiler sous mes fenêtres, Jaguar, Porche, Maserati, Lamborghini'''''

    wouh wouh ! ca paye bien prof de prof de francais à taiwan^^

    RépondreSupprimer
  3. Les voitures sont pas à moi, on s'entend... ^^
    Et oui, j'ai eu bien de la chance de dénicher mon appart, qui me donne l'impression d'être la reine du monde.. surtout à l'aurore, au crépuscule et en cas de gros orages... Venez typhons !! Même pas peur, je sens que ça va me donner des sensations wagneriennes démentes. Bref, la vue est terrible. Et le loyer pas très élevé pour le standing.

    RépondreSupprimer