12 juin 2011

La parenthèse française

Taiwan vu par mon père

Mes parents sont venus à Taiwan me voir pour 3 semaines, 3 semaines loin de mon ordinateur, 3 semaines loin de mon quotidien, 3 semaines loin de mon univers, à essayer de leur faire aimer ce petit pays que j'ai dans la peau. Au vu de leur sourire hier soir, alors qu'on entrait dans leur dernier jour sur l'île (ils partent ce soir à minuit), je crois que j'ai réussi. 

Au point qu'à ce moment là, marchant entre les stands d'un marché de nuit à la recherche des "3 plats indispensables taïwanais" (dixit Jef et Nana : tofu qui pue / riz au porc / omelette aux huitres), je me suis demandée si les dieux ne m'avaient pas joué un mauvais tour, en me mettant à Taiwan juste dans le but de les y appâter. 

Papa et ses ordis, ses appareils photos, sa passion dévorante pour la technologie, Maman et sa médecine parallèle, ses pierres et ses fantômes... Je crois que ce qui les a le plus envoutés ici, c'est que ces intérêts qui les mettent un peu en marge dans notre société française, dont ils ne peuvent pas  parler à n'importe qui... sont totalement normaux ici. 

Comme lorsque mes amis ont compris que ma mère faisait du Reiki, un truc un peu maudit en France, et que leurs yeux se sont agrandis accompagnés de soupirs faits de "trop bien ! J'aimerais trop qu'elle m'en fasse..." du même ton que celui qu'ils ont quand ils réclament une glace ou un café. 

Maman en est restée bloquée, toute auréolée de bonheur... 

Papa aussi en a eu pour son compte, en réussissant à se faufiler dans le salon Computex, et en y découvrant les nouveautés technologiques de demain avant même qu'elles ne soient publiées dans ses magazines informatiques français. 

Je sens que mon frère et mes soeurs n'en ont pas fini avec les récits sans fin de leur séjour ici. En vrac, les temples bouddhistes, taoïstes, confucianistes, l'histoire de la construction de Taipei, Gabriel Gabriel, la beauté stupéfiante des gorges de Taroko, les fantômes aborigènes cachés dans les pierres de la montagne, les poissons de l'île verte, la hauteur vertigineuse de la tour 101, Mok, les délices du oolong et la cérémonie du thé, l'histoire des hommes Peinan et la beauté de leurs objets retrouvés, les montagnes de Jiufen, les bus qui gigotent trop, Jef et Nana, la prison politique, les trottoirs en marbre de Hualien, la douceur des taïwanais, les parapluies, le rayon jazz de la librairie Eslite, le prix des pierres chez les grossistes derrière la gare.... 

Ce matin, mon père a sauté du lit à 9h, et à 9h30 était déjà prêt à sortir, tirant ma mère hors du lit. Il s'est même pas démonté quand je lui ai dit qu'ici les magasins ouvrent à 11h. Ils se préparent une journée sportive à essayer de faire le tour de leurs boutiques préférées. 

Je me rappelle, 4 jours après leur arrivée, à quel point ils étaient perdus, à quel point ils ne sortaient pas de chez moi tout seuls, à quel point je me sentais responsable d'eux dans cette ville engloutissante... Une page est tournée, et ça y'est, je crois qu'ils on chopé le virus taïwanais... Ça doit être génétique. 

4 commentaires:

  1. haha ! tu aimes le tofu qui pue ? c 'est la spécialité de wuhan...dans le carrefour, il y aux caisses un stand de tofu qui pue et c 'est parfois l horreur^^

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  2. C'est aussi une spécialité taïwanaise, très réputée ici. J'aime bien mais pas tous... et certainement pas celui qui trempe dans la soupe d'intestins de porc ! Je sais pas si vous avez ça aussi chez vous, ici les gens en raffolent, beark.

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  3. Anonyme30.9.11

    Quelle chance, mes parents ne sont jamais venus et ne viendront sans doute pas!Si ma mère n'entend pas son clocher, elle est perdue...Merci pour tous les articles, enfin un bon blog, c'est un plaisir de vous lire et avec lequel, je découvre Taiwan autrement!
    Caro

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  4. Merci Caro, ça me touche beaucoup que ça vous plaise, pour mes parents ce n'était pas facile non plus de venir je crois, ils font partie comme les vôtres de ces gens enracinés à leur terre. Mais par-là même, le regard qu'il ont posé sur Taiwan était un regard plein de douceur et de respect, pour moi bien plus intéressant et plus profond que celui de beaucoup de gens trop habitués à monter dans des avions. Je fais ce blog dans l'espoir qu'il intéressera, justement des personnes comme vous, et votre message me rempli donc de joie. Bonne continuation. m.

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